Il y a trois mille ans, Qohéleth passa en revue tout ce qui se fait sous le soleil et le qualifia de vanité. Non pas d’orgueil — de vide. La course après le vent. Un labeur qui ne produit rien de durable, n’accumule rien qui compte, ne laisse rien derrière soi qui mérite d’être trouvé.

Il aurait reconnu LinkedIn immédiatement.

Le flot de contenu généré par l’IA qui envahit chaque fil d’actualité en ce moment n’est pas d’abord un problème de qualité. C’est un problème de vanité. Du contenu produit non parce qu’il y avait quelque chose à dire, mais parce que l’algorithme récompense la publication. Parce que le silence ressemble à une absence. Parce que tout le monde publie, alors il le faut bien.

L’outil n’a pas créé ce problème. Il l’a rendu moins coûteux.

Le frein à la publication n’a jamais été l’écriture. C’était d’avoir quelque chose qui valait la peine d’être dit. Supprimez le frein de l’écriture sans supprimer celui du vide, et vous obtenez une avalanche de rien — habillée d’une prose assurée, structurée en trois points, se terminant par un appel à l’action qui ne mène nulle part.

Le diagnostic de Qohéleth était précis : la vanité ne tient pas à ce que l’on produit, mais au pourquoi. Le travail accompli pour lui-même, pour les apparences, pour l’effort en tant que tel — voilà le problème. Le support importe peu. Une pensée creuse écrite à la main reste creuse. Une réflexion profonde générée par l’IA reste profonde, si elle vient de quelque chose de réel.

La question que l’IA nous force à poser — et que la plupart des gens esquivent — n’est pas « est-ce qu’un humain a écrit ceci ». C’est « y avait-il ici quelque chose qui méritait d’être dit ». Cette question précède l’outil d’au moins trois mille ans.

Une poursuite du vent.