La semaine dernière, j’ai écrit sur la différence entre un trait psychologique et un trait neurologique, et sur les raisons pour lesquelles l’autisme relève résolument de la seconde catégorie. Cette semaine, je voudrais aborder ce qui rend cette distinction plus difficile à percevoir : un malentendu très répandu sur ce que signifie le mot « spectre » dans le contexte de l’autisme.

La plupart des gens, en entendant « spectre autistique », imaginent une ligne. À un bout : l’autisme sévère. À l’autre : le neurotypique. Quelque part au milieu, des gens comme moi : un peu autistes, mais globalement fonctionnels. Le spectre comme un dégradé, un curseur qu’on monte ou qu’on baisse.

Ce n’est pas ce que cela signifie. Voici une analogie que je trouve éclairante, à travers la vision 👓.

La myopie est très courante. Elle existe sur une échelle continue, et — point crucial — elle se corrige. Lunettes, lentilles de contact, chirurgie au laser : on rectifie l’optique, le problème disparaît. La myopie est un spectre vertical : plus ou moins de la même chose, avec une correction disponible et bien identifiée.

Le daltonisme fonctionne autrement. Ce ne sont pas des personnes qui voient moins de couleurs que les autres : elles traitent la couleur à travers une configuration différente de récepteurs. Aucun curseur ne relie leur vision à la vision standard. C’est un spectre horizontal — de nombreuses façons d’être daltonien, chacune avec son propre profil, aucune n’étant simplement « en dessous » de la normale. Et surtout, on ne peut pas le corriger. On ne peut pas greffer de nouveaux cônes à quelqu’un. Ce qu’on peut faire, en revanche, c’est concevoir le monde autrement : interfaces accessibles, motifs en complément des couleurs, signalétique qui ne repose pas uniquement sur la distinction rouge-vert.

L’autisme ressemble davantage au daltonisme qu’à la myopie.

Le spectre, en matière d’autisme, n’est pas une échelle allant de « un peu autiste » à « très autiste » avec le neurotypique au degré zéro. C’est un ensemble de profils neurologiques différents, partageant tous la même différence de fond dans la manière dont le cerveau traite certaines choses — les signaux sociaux, les perceptions sensorielles, les structures et les contextes — mais l’exprimant de façons très diverses. Certaines personnes sont submergées par le bruit ; d’autres le recherchent. Certaines peinent à soutenir le regard ; d’autres le fixent trop longtemps. Certaines ont des retards de langage significatifs ; d’autres sont d’une loquacité inépuisable. Même configuration de fond, présentations radicalement différentes.

Et comme pour le daltonisme, ce n’est pas corrigible — seulement compensable. On peut apprendre des stratégies, construire des contournements, s’entraîner à reconnaître des schémas qu’on ne traite pas automatiquement. Beaucoup d’entre nous le font, en silence, pendant des années. Mais on ne répare pas le câblage. On travaille autour.

L’autisme appelle le même changement de regard que le daltonisme. Non pas « comment corrige-t-on cette personne », mais « comment conçoit-on les interactions, les environnements de travail et les espaces sociaux de façon qu’ils ne reposent pas exclusivement sur un traitement social automatique que tout le monde ne possède pas ».

Ce n’est pas abaisser des standards. C’est se faire une image plus juste de la variation humaine.

Ce billet fait partie de ma série pour le mois de sensibilisation à l’autisme d’avril 2026. Publié initialement sur LinkedIn le 7 avril 2026.