Avril est le mois de sensibilisation à l’autisme. Hier, j’ai publié une bande dessinée sur la gestion des situations sociales en tant que personne autiste. Je veux consacrer ce mois à approfondir le sujet, avec des billets réguliers sur le vécu de l’autisme.

Un bon point de départ : la distinction entre un trait psychologique et un trait neurologique.

Beaucoup d’expériences autistes ressemblent, vues de l’extérieur, à des traits de personnalité. L’introversion. La timidité. La maladresse sociale. Ce sont des choses auxquelles beaucoup de gens s’identifient — et cette familiarité est à la fois un pont et un piège. Elle crée l’impression qu’on parle de la même chose, simplement à un degré plus élevé. À quoi s’ajoute l’idée reçue, très répandue, que le « spectre » désignerait une échelle verticale allant du normal à l’autiste, plutôt qu’une variation horizontale à l’intérieur de la condition neurologique qu’est l’autisme.

Ma femme est atteinte de myélite transverse, une maladie dans laquelle la gaine de myéline qui entoure la moelle épinière se dégrade, perturbant la transmission des signaux nerveux. Résultat : les voies motrices et sensorielles sont toutes deux affectées, et l’arc réflexe automatique qui nous retient normalement quand on trébuche réagit de façon excessive et la fait tomber. Tout le monde trébuche. La plupart des gens se rattrapent sans y penser. Elle, non. Elle peut scruter le sol, planifier chaque pas, et tomber quand même — parce que le caillou qu’elle n’a pas vu vient heurter un système qui ne peut plus compenser automatiquement. L’effort est bien réel, le filet de sécurité est absent, et la chute inévitable.

L’autisme opère sur un système différent — la cognition sociale plutôt que le contrôle moteur — mais la structure est identique. Tout le monde connaît des moments de maladresse sociale. La plupart des gens s’en remettent instinctivement : le circuit social automatique se recalibre. C’est ce filet de secours qui me fait défaut, de façon fiable. Je peux me préparer, étudier les signaux, prêter une attention soutenue, et manquer quand même quelque chose d’évident pour tout le monde autour de moi — parce que cela s’est passé dans un canal que je ne suis pas câblé pour traiter automatiquement.

L’épuisement ne vient pas des interactions elles-mêmes. Il vient du fait d’accomplir manuellement ce que la plupart des gens accomplissent en automatique.

Et voici ce qui importe vraiment : la myéline de ma femme ne va pas repousser. La kinésithérapie aide. Une canne aide à l’équilibre. Mais ce sont des compensations pour quelque chose qui n’est plus là — pas un remède à quelque chose qui aurait mal tourné. L’autisme, c’est pareil. On peut apprendre des stratégies, construire des contournements, développer des compensations — et beaucoup d’entre nous le font, de façon invisible, pendant des décennies. Mais on ne répare pas le câblage. On travaille autour de lui.

Lorsque vous êtes en relation avec des personnes autistes, ne supposez pas que des signes extérieurs similaires signifient la même expérience intérieure et les mêmes causes. Posez la question — et laissez-vous surprendre par ce que vous découvrirez.

Ce billet fait partie de ma série pour le mois de sensibilisation à l’autisme d’avril 2026. Publié initialement sur LinkedIn le 3 avril 2026.