Il y a une vingtaine d’années, lors d’une formation à la Gestion Mentale — une pédagogie développée par Antoine de la Garanderie —, notre groupe avait été invité à effectuer un calcul mental simple. Quelque chose comme 47+35. Puis à expliquer ce qui s’était passé dans nos têtes.

Le résultat était saisissant.

L’un se parlait à lui-même tout au long de l’opération. Un autre avait inscrit les chiffres sur un tableau imaginaire, dans son écriture personnelle. Quelqu’un d’autre voyait à la place l’écriture de son instituteur de primaire. L’un avait des barres visuelles et un accès immédiat au résultat, sans étapes intermédiaires qu’il aurait pu décrire. Dix personnes, dix processus internes différents, une seule bonne réponse.

Personne n’avait supposé que les autres faisaient pareil. Mais personne ne l’avait jamais remis en question non plus — parce qu’il n’y avait jamais eu de raison de le faire.

Cet exercice avait rendu visible quelque chose qui demeure presque toujours invisible : le processus intérieur et le résultat attendu sont deux choses distinctes, et elles n’ont pas à se correspondre de façon particulière.

Je l’ai vu confirmé lors d’un stage auprès d’un praticien en Gestion Mentale qui accompagnait un enfant en difficulté avec les divisions longues. Au fil de plusieurs séances, ils avaient trouvé une méthode qui fonctionnait pour lui — qu’il comprenait et pouvait mobiliser de façon fiable. Puis l’enseignante l’avait appelé au tableau, il avait utilisé sa méthode, et elle l’avait récusée. Elle ne l’avait pas enseignée, elle ne la reconnaissait pas : pour elle, elle n’était donc pas valide.

Le praticien avait consacré la séance suivante à recadrer les choses. Il y a deux couches, avait-il dit à l’enfant : comment tu réalises une tâche, et ce que le monde attend comme résultat. Ce sont deux problèmes distincts. Trouvons un moyen de convertir ta méthode dans le format attendu.

J’écris depuis peu sur l’autisme, à la suite de mon propre diagnostic à 43 ans. L’autisme ajoute un coût à ce tableau. Lorsque votre processus intérieur ne correspond pas naturellement à ce que le monde social attend comme résultat, une couche de traduction tourne en permanence — lire les visages, calibrer le ton, estimer quand parler et quand s’arrêter. Pour la plupart des gens, c’est automatique, pratiquement gratuit. Pour une personne autiste, cela s’exécute consciemment, en parallèle de chaque interaction.

Le résultat se ressemble. Le coût ne se voit pas. C’est précisément pourquoi les diagnostics tardifs sont si fréquents : le résultat passe à l’inspection, donc personne ne regarde le processus.

Je serais curieux de savoir comment cela résonne — en particulier pour celles et ceux d’entre vous qui reconnaissent ce coût de traduction dans leur propre expérience, avec ou sans diagnostic.