Partager, c'est prendre soin

Le mois dernier, j’ai publié une série sur l’autisme de l’intérieur. Les retours m’ont surpris — plusieurs personnes m’ont dit que ça les avait aidées à mieux comprendre quelqu’un dans leur entourage, ou elles-mêmes. Voici une suite, sur quelque chose à quoi je réfléchis depuis.
Les personnes autistes qui parlent longuement de leurs centres d’intérêt sont faciles à mal lire. Elles semblent indifférentes à savoir si vous suivez. Elles reviennent au même sujet alors même que la conversation a bifurqué. De l’extérieur, ça ressemble à de l’égocentrisme : j’ai envie de parler de ça, alors je le fais.
Je propose que le mécanisme soit presque inverse.
Pour un cerveau autiste, l’information n’est pas accessoire. Elle est plus proche de ce que les instruments de navigation sont à un pilote : non pas un luxe, mais une condition de fonctionnement. J’ai déjà écrit sur ce balayage de fond permanent — le système nerveux qui collecte des données en continu, parce que toute lacune dans la carte est une trappe potentielle. C’est dans ce contexte que tout cela s’inscrit.
Si l’information a cette valeur-là — une valeur de survie, et non de simple curiosité intellectuelle — alors partager de l’information est le geste le plus généreux qui soit. Quand j’ai passé des semaines ou des mois à creuser un sujet, et que je trouve quelque chose qui compte vraiment, l’instinct de le partager n’est pas « parlons de moi ». Il est plus proche de : « j’ai trouvé quelque chose que tu dois savoir. »
C’est : « j’ai trouvé de l’eau. »
La forme sociale ressemble à un monologue. L’intention sous-jacente est une contribution — en particulier lorsque ce savoir contribue à abaisser l’anxiété, consciemment ou non.
Cela explique aussi l’autre face de l’équation : les conversations superficielles. Le cadrage habituel veut que les personnes autistes les trouvent ennuyeuses, ou qu’elles préfèrent les échanges « qui ont du sens ». Ce n’est pas tout à fait ça non plus. Le canal d’information fonctionne en mode survie. Un signal faible — la météo, une remarque de remplissage, une formule de politesse qui n’apporte rien de nouveau — ne se contente pas d’être inutile : il mobilise une capacité d’attention que le cerveau s’efforce de tenir en réserve. Ce n’est pas de l’ennui. C’est plus proche d’une pollution sonore dans un instrument critique.
La frustration quand personne ne semble intéressé par ce qu’on partage, et l’inconfort face aux échanges superficiels, viennent du même endroit : un cerveau qui a attribué une valeur fonctionnelle extrême à l’information, évoluant dans un monde où la plupart des échanges sociaux traitent l’information comme un accessoire.
Rien de tout cela ne fait disparaître la friction sociale. Comprendre le mécanisme ne signifie pas que l’autre personne cesse de se sentir coupée dans ses élans. Mais cela change la question. La question n’est pas « pourquoi est-il si centré sur lui-même ? » La question est : que signifie être généreux quand votre monnaie naturelle n’est pas l’attention, mais la connaissance ?
Pour beaucoup de personnes autistes, partager est véritablement la façon dont nous prenons soin des autres. Nous n’avons pas toujours conscience que le cadeau n’arrive pas toujours comme il était destiné.